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Qu'est-ce que la violence ?

Selon le Larousse, au sens premier, la violence est "le caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit des effets avec une force brutale, intense et souvent destructrice". 

Selon le dictionnaire, il s'agit également de "la contrainte, physique ou morale, exercée sur une personne en vue de l'inciter à réaliser un acte déterminé".

Dans cette perspective, la définition de la violence, telle qu'elle est proposée par le Larousse, met en exergue différents registres. Dans les rapports humains, la violence, comprise comme le recours à la contrainte, emprunte donc différents visages, certains étant plus visibles que d'autres.

 

Quels sont les différents types de violence ?

Violences physiques, violences psychologiques, violences conjugales, violences dites "éducatives"... de quoi parle-t-on?

Notre époque est traversée par une mise en parole élaborée autour de la question des violences :

  • Le mouvement "Me Too" aux Etats-Unis, suivi en France de la vague "Balance ton porc" a permis aux femmes de rendre publics certains comportements inadmissibles du sexisme ordinaire.
  • En France, la mobilisation autour des féminicides aboutit à l'annonce toute fraiche d'un prochain "Grenelle des violences conjugales" à la rentrée de septembre.
  • Dans le champ de l'éducation et des relations parents-enfants, une récente Loi interdisant les "violences éducatives" vient de passer.

Nous pouvons nous réjouir de cette dynamique et y voir un progrès de notre temps. Des comportements "tolérés" ou banalisés hier, ne le sont plus aujourd'hui.

Néanmoins, des précautions sémantiques s'imposent.

N'est-il pas curieux d'associer dans une même expression les termes de "violences" et "éducatives" ?

Ne serait-il pas plus juste de parler de l'interdiction du recours à la violence dans l'éducation ? 

Les mots ont un sens. L'usage du terme "éducatives" en tant qu'adjectif, rapporté au nom commun "violences" laisse penser que certaines violences seraient éducatives, et que d'autres ne le seraient pas. N'est-ce pas un abus de langage que d'associer ces deux termes dans une même expression alors même que l'objectif affiché est de stopper l'usage de la contrainte dans la fonction éducative ?

Quelle est la limite entre le recours à une "juste autorité" et le recours à la "contrainte" ?

 

Comment faire face à la violence ?

En tant que conseillère conjugale et familiale, j'entends régulièrement cette question en entretien. 

Certains consultants espèrent un guide "prêt à l'emploi" qui permettrait d'éradiquer cette question de la violence. Or la réalité est beaucoup plus complexe.

Si les coups portés au corps laissent des traces, qu'en est-il des coups portés à l'âme et au coeur ?Porter sur la place publique cette question des violences ne serait-il pas l'opportunité de penser cette question de manière beaucoup plus profonde ?

Si le recours a la contrainte est une caractéristique de la violence dans les rapports humains, qu'en est-il dans la sphère économique ou dans les rapports au travail ?

Le triangle dramatique de Karpman, bien connu des thérapeutes, offre une vision plurielle des places de chacun dans un mécanisme de violence psychologique :

  • La victime
  • Le persécuteur
  • Le sauveur.

Dans l'approche systémique, la violence est comprise comme un phénomène d'interactions. Envisager cette question de manière dynamique permet de remettre en perspective les places et attitudes de chacun. Comprendre également que dans un parcours de vie, chacun peut à la fois être victime, sauveur et persécuteur est un moyen de prendre du recul et de ne pas se laisser enfermer dans un rôle figé.

Bien sûr un travail sur l'histoire de chacun, sur la place de la Loi, un accompagnement adapté ... sont des étapes indispensables. Mais cela ne fera réellement sens que lorsque chacun sera prêt à se connecter à la dualité présente en lui-même. L'ombre et la lumière inter-agissent. Outre l'absolue nécessité d'interdire le recours à la contrainte, la prise de conscience individuelle et collective du bon et du mauvais en soi-même ou dans un groupe permet à autre chose d'advenir. Encore faut-il le vouloir...

Muriel Beaujean

Conseillère conjugale et familiale, thérapeute relationnelle


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