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L'été touche à sa fin... En cette période de rentrée scolaire, après un été riche en vie familiale, mes pas et ma curiosité m'ont guidée vers le nouveau film de Rebecca Zlotowski, "une fille facile". Je n'ai pas été déçue par cette mise en abîme, dans laquelle Benoît Magimel, Zahia Dehar et Clotilde Courau se donnent la réplique. L'esthétisme du film est réel, les corps y sont filmés comme des réceptacles de lumière, le soleil semble une caresse, les peaux sont sublimées.

Le regard porté sur les corps se double d'un regard porté sur les comportements, pouvant amener plusieurs questions :

  • Qu'est-ce qu'une fille facile, au féminin... et au masculin ?
  • Quelles sont les stratégies mises en place pour contrer la fille facile et ce qu'elle représente ?
  • Quels sont les liens avec le conseil conjugal et ma posture de professionnelle ?

 

Etre une fille facile, au féminin ... et au masculin ?

"Fille facile". Voilà une expression rarement employée de manière élogieuse, qui appelle un complément : 

  • Etre facile à quoi ?
  • Cela se conjuge-t-il au masculin ?

Etre une fille facile renvoie indiscutablement à la sexualité, jugée légère et parfois tarifée. Dès lors, être une fille facile appelle un complément d'objet indirect qui pourrait être : facile à avoir, facile à soumettre, facile à acheter, facile à "baiser", facile à humilier ... ?

Dans ce film, l'héroïne Sofia, incarnée par Zahia Dehar, rejoint sa jeune cousine Naïma sur la Côte d'Azur, le temps d'un séjour estival.  La jeune cousine élevée par sa mère dans la simplicité, est subjuguée par sa "grande cousine" de 22 ans, qui joue de son corps et de ses charmes auprès de la gent masculine. Dans cette fiction, Sofia assume de susciter le désir masculin, de le provoquer, d'en jouir et d'en récolter certains fruits. D'ailleurs l'héroïne donne un conseil très personnel à sa jeune cousine : "Avec les hommes, il ne faut rien attendre, et tout provoquer".

Une femme facile serait donc une femme provocante. Alors qu'en est-il des hommes ? Cette attitude peut-elle se conjuguer au masculin ? Et comment ?

 

Des stratégies mises en place pour contrer la fille facile.

Dans le film, l'homme que fréquente Sofia est un riche collectionneur d'art, qui s'offre la compagnie et les services de Sofia en échange de cadeaux luxueux. La fille facile, ici incarnation de la femme objet, n'en est pas moins puissante de par le désir qu'elle suscite chez cet homme. Si la sexualité est indirectement tarifée, la question du plaisir est également présente, avec un abandon réciproque provoqué par ce plaisir donné et reçu. A mesure que l'homme et la femme vont se voir, un début de relation va se créer, suscitant des résistances sociales et personnelles.

Lors d'un déjeuner avec son amant, chez des connaissances issues du milieu de l'homme, Sofia va subir des tentatives d'humiliation de la part d'une femme qui va tenter de la rabaisser et de la tourner en ridicule. Ce sera un échec, car Sofia assume d'être qui elle est, ce qu'elle fait et comment elle le fait; tout en faisant preuve d'intelligence et de courtoisie.

Dans une autre scène, le riche amant, qui commence à fendre l'armure et à s'attacher, va faire accuser à tort Sofia d'un vol imaginaire, lui permettant de mettre un terme à cette relation dont il sent qu'elle pourrait le fragiliser, humainement (et socialement ?).

Si Sofia assume d'être une escort-girl, en revanche elle n'est pas une voleuse et refuse d'assumer un comportement qui ne lui appartient pas (cela peut se comprendre).

Pour moi, ces deux scènes illustrent les stratégies de préservation d'un entre-soi social, que les classes dominantes appliquent pour maintenir leurs privilèges et réduire à néant les possibilités d'un réel mélange : l'amusement entre un riche collectionneur (de quoi ?) et une escort-girl est toléré, à condition que ce soit éphémère et sans implication. La phrase "on ne va quand même pas les épouser" illustre cette pratique consumériste.

 

Qu'en pense la conseillère conjugale que je suis ?

Le conseil conjugal et familial, est une profession qui permet d'accompagner les personnes à chaque étape de la vie relationnelle, affective et sexuelle, dans le cadre d'entretiens ou de groupes d'expression. La sexualité est parlée comme un instrument du passage, d'un état à un autre de la vie:

- Etre fille, devenir femme;

- Etre une femme, devenir mère;

- Etre mère, tout en étant amante;

- Etre un homme, devenir père;

- Etre père, tout en étant amant;

- Rechercher une grossesse, en perdre une, y mettre un terme;

- Traverser le temps qui passe, vieillir, devenir infécond ....

En consultation, j'entends la sexualité comme un lieu pluriel, où coexistent le plaisir, la découverte de soi, la procréation, les déceptions, les chagrins, la violence, le désir, les pulsions ...

Dans une société encore figée quant aux représentations socialement admises du féminin et du masculin, la fille facile ne serait-elle pas l'incarnation d'une femme qui cherche avant tout son plaisir, dans une égalité de posture avec l'homme ?

Cette démarche est-elle incompatible avec d'autres couleurs de la féminité ?

Les hommes et les femmes n'auraient-ils pas intérêt à s'offrir de la souplesse mutuelle, dans leurs attentes respectives ? 

Le fait que le conseil conjugal et familial soit directement connecté à la fécondité et à la sexualité n'expliquerait-il pas en partie les résistances que les CCF rencontrent quant à leur pratique professionnelle ?

Accompagner l'intime suscite encore des réactions inadaptées. Entre rejet, mépris, valorisation et  estime, le CCF, en élaborant sa juste place, peut permettre à la personne accompagnée d'élaborer la sienne.

Encore faut-il travailler en conscience de soi-même, de ses aptitudes et de ses limites... C'est ce que je nous souhaite pour cette rentrée.

 

Muriel Beaujean

Conseillère conjugale et familiale

 


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